Les antiparasitaires comme l’ivermectine ou le mébendazole peuvent-ils traiter le cancer ?
02.06.2026
Non. Les antiparasitaires n’ont aucune indication dans le traitement des cancers. Ils sont même dangereux lorsqu’ils sont utilisés hors de leur indication et représentent de réels risques pour les patients. Aujourd’hui, seuls les traitements dits conventionnels comme la chirurgie, la chimiothérapie, la radiothérapie ou encore l’hormonothérapie sont scientifiquement validés dans la prise en soins de la maladie.
Cet article traite de l’infox qui affirme que des antiparasitaires comme l’ivermectine ou encore le mébendazole sont efficaces pour traiter les cancers. Pour en savoir plus sur les thérapeutiques qui ont fait la preuve scientifique de leur efficacité dans le traitement des cancers, vous pouvez consulter le dossier complet sur cancer.fr.
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L’origine de l’infox
Sur les réseaux sociaux, certains médicaments antiparasitaires comme l’ivermectine, le mébendazole ou le fenbendazole sont présentés comme des traitements capables de soigner le cancer. Pourtant, aucune donnée scientifique ne permet aujourd’hui d’établir l’efficacité des antiparasitaires contre les cancers. L’usage de ces médicaments en dehors d’un cadre médical expose à des dangers réels.
Pourquoi est-ce une infox ?
Avec près de 10 millions de décès chaque année, les cancers sont l’une des principales causes de mortalité dans le monde. En France, ils sont à l’origine de plus de 164 000 décès par an. Maladies complexes et multifactorielles, ils résultent d’altérations des cellules qui perturbent leur fonctionnement normal et entraînent une prolifération incontrôlée. Face à cette maladie, aucun remède miracle n’existe. Seuls les thérapies conventionnelles (chirurgie, radiothérapie ou encore la chimiothérapie) ont fait la preuve de leur efficacité. Pourtant, depuis plusieurs années, des médicaments antiparasitaires comme l’ivermectine, le mébendazole ou le fenbendazole sont (parfois) présentés comme des traitements capables de faire régresser, voire de guérir des cancers, y compris les plus résistants aux traitements. Ces allégations, qui circulent notamment en ligne, ne s’appuient sur aucune donnée scientifique. Y avoir recours expose les patients à de réels dangers.
Les recommandations fondées sur les preuves scientifiques
Des effets observés en laboratoire… mais non transposable à l’être humain. L’ivermectine, le mébendazole, l’albendazole ou encore le fenbendazole sont des antiparasitaires utilisés pour traiter des infections causées par des parasites (vers intestinaux, gale, maladies tropicales). Leur mode d’action est de cibler des mécanismes essentiels à la survie des parasites. Par exemple, le mébendazole agit en bloquant les microtubules, des structures indispensables à la division cellulaire, tandis que l’ivermectine perturbe le système nerveux des parasites. Parce que ces mécanismes existent aussi dans certaines cellules humaines, ces molécules ont suscité un intérêt en recherche contre les cancers.
Pourquoi ces médicaments sont-ils alors parfois présentés comme des alternatives aux traitements anticancéreux ?
Ces molécules sont bien étudiées en recherche. Une étude publiée en 2020 dans la revue Biomedicine & Pharmacotherapy montre que l’ivermectine peut inhiber la croissance des cellules cancéreuses, limiter les métastases et induire leur destruction. Une autre étude publiée en 2019 dans la revue Cancers souligne que le mébendazole peut bloquer la division des cellules tumorales dans des modèles expérimentaux), une autre étude publiée dans Scientific reports en 2018 conclut également à la capacité du fenbendazole de perturber l’apport en énergie des cellules cancéreuses.
Mais ces recherches se font uniquement dans le cadre d’expériences in vitro (sur cellules) ou chez l’animal. Rien ne permet aujourd’hui de transposer ces résultats à un usage thérapeutique chez l’être humain.
Du laboratoire au médicament : un parcours long et incertain
Avant d’être mis sur le marché, un médicament doit traverser un long processus d’évaluation — phase préclinique, puis essais cliniques en plusieurs étapes — qui peut s’étendre sur plus de dix ans. Les antiparasitaires évoqués ici n’ont pas dépassé la première de ces étapes. Sans essai clinique de grande ampleur, ni les dosages précis, ni l’efficacité réelle, ni les effets indésirables de ces traitements ne sont connus.
Pour quoi cette infox est-elle dangereuse ?
Elle représente des risques bien réels pour les patients. Loin de l’image de solution miracle véhiculée en ligne, ces antiparasitaires sont même dangereux lorsqu’ils sont utilisés hors de leur indication. L’Agence européenne des médicaments (EMA) rappelle que l’utilisation de l’ivermectine en dehors d’un cadre validé expose à des effets indésirables potentiellement graves : troubles neurologiques, hypotension, convulsions. Selon une étude de cas publiée en 2021 dans Case Reports in Oncology une patiente atteinte d’un cancer du poumon ayant commencé à prendre du fenbendazole a développé une atteinte hépatique sévère. Au-delà de ces risques, ces discours peuvent conduire certains patients à retarder, refuser ou interrompre des traitements anticancéreux validés, avec des conséquences graves, parfois mortelles.
À retenir
Aucune étude scientifique ne permet aujourd'hui d'établir une quelconque efficacité des antiparasitaires contre les cancers. Les antiparasitaires comme l’ivermectine, le mébendazole ou le fenbendazole font l’objet de recherches en laboratoire, mais les données scientifiques disponibles ne permettent pas de conclure à une efficacité de ces molécules dans le traitement des cancers. L'usage de ces médicaments en dehors d'un cadre médical expose à des risques réels, comme du surdosage, des atteintes au foie, à la peau, au système nerveux. Ces médicaments ne constituent donc pas un traitement contre les cancers.
Cet article a bénéficié de l’expertise et de la relecture du Pr Claude Linassier, directeur du pôle prévention, organisation et parcours de soins, Institut national du cancer, ainsi que de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM).
1 Panorama des cancers 2025, Institut national du cancer. Juillet 2025. 2 Ivermectin, a potential anticancer drug derived from an antiparasitic drug. Pharmacoligical Research. 2021, January. 3 Mebendazole as a Candidate for Drug Repurposing in Oncology: An Extensive Review of Current Literature. Cancers. 2019, August. 4 EMA advises against use of ivermectin for the prevention or treatment of COVID-19 outside randomised clinical trials. 2021, March.. 5 Drug-Induced Liver Injury in a Patient with Nonsmall Cell Lung Cancer after the Self-Administration of Fenbendazole Based on Social Media Information. 2021, June.
Article aussi disponible sur sante.fr
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